Vous avez remarqué de petits amas blancs cotonneux sur vos plantes, un peu comme si quelqu'un avait saupoudré de la farine dans les aisselles des feuilles ou le long des tiges ? C'est le signe d'une infestation de cochenilles farineuses, l'un des ravageurs les plus tenaces et les plus frustrants que l'on puisse rencontrer, aussi bien sur les plantes d'intérieur que dans le jardin.
La mauvaise nouvelle, c'est qu'une seule femelle peut pondre jusqu'à mille œufs dans sa vie. La bonne nouvelle, c'est qu'on peut vraiment s'en débarrasser, à condition d'appliquer les bons traitements dans le bon ordre et de tenir bon sur la durée.

Avant de parler traitement, il faut comprendre à qui on a affaire. La cochenille farineuse n'est pas un champignon, ni un résidu de terreau, ni la moisissure que certains prennent parfois pour ce qu'elle est en première lecture. C'est un insecte piqueur-suceur appartenant à la famille des Pseudococcidés, dans l'ordre des hémiptères, le même ordre que les pucerons.
Les espèces les plus fréquentes en France sont Planococcus citri (la cochenille farineuse des agrumes, très commune sur les citronniers et les orangers en pot), Pseudococcus longispinus (la cochenille à longues queues, qui s'attaque à une très grande variété de végétaux) et Planococcus ficus, particulièrement redoutée dans les vignobles du sud.
Ce qui rend ces insectes si particuliers et si difficiles à éliminer, c'est leur enveloppe cireuse. Les femelles se recouvrent d'un feutrage blanc farineux qui agit comme un véritable bouclier contre les traitements de contact. Un insecticide classique pulvérisé sur cette couche de cire ne passe tout simplement pas. C'est pour ça que beaucoup de jardiniers traitent, observent une amélioration temporaire, puis voient les cochenilles revenir en force quelques semaines plus tard. Ils n'ont pas échoué par manque d'effort, mais parce qu'ils ont utilisé la mauvaise méthode ou l'ont appliquée de manière incomplète.
Seules les femelles s'attaquent aux plantes. Les mâles, ailés et minuscules, ont une vie très courte et ne se nourrissent pas. C'est donc sur les femelles et leurs ovisacs, ces petits sacs cireux dans lesquels elles pondent leurs œufs, qu'il faut concentrer tous les efforts.
Les premiers signes sont faciles à identifier une fois qu'on sait quoi chercher. On observe d'abord de petits amas blancs cotonneux dans les zones abritées de la plante : les aisselles des feuilles, les jonctions entre la tige et les rameaux, la face inférieure des feuilles le long des nervures, parfois même au niveau des racines pour les plantes en pot.
Rapidement, si rien n'est fait, apparaît un miellat : une substance sucrée et collante que les cochenilles excrètent en se nourrissant. Ce miellat attire immanquablement les fourmis, qui deviennent alors les alliées involontaires des cochenilles en éloignant leurs prédateurs naturels. Il favorise également le développement de la fumagine, un champignon noir qui recouvre les feuilles, bloque la photosynthèse et finit d'affaiblir la plante.
La propagation peut être rapide dans un appartement ou une véranda, où les conditions sont idéales pour ces insectes : chaleur stable, peu de vent, pas de prédateurs. Une plante contaminée posée sur un rebord de fenêtre peut en contaminer plusieurs autres en quelques semaines par simple contact ou transport de larves par les courants d'air. C'est d'ailleurs comme ça que la plupart des infestations commencent : une nouvelle plante achetée en jardinerie et placée directement avec les autres sans avoir été inspectée.
Petite anecdote que beaucoup reconnaîtront : une jardinière de Lyon avait un magnifique citronnier en pot qu'elle choyait depuis trois ans. Au printemps, elle achète une orchidée pour lui tenir compagnie sur le même rebord de fenêtre. Deux mois plus tard, le citronnier est envahi, le schefflera voisin commence à montrer les premiers signes, et même la base du philodendron dans l'angle de la pièce présente des traces blanches. Tout ça en partant d'une seule plante contaminée, achetée en grande surface sans que le problème soit visible à l'œil nu à l'achat.
Si vous avez déjà remarqué d'autres insectes indésirables dans votre maison et que vous n'étiez pas sûr de ce que vous observiez, notre article sur ces insectes qui ressemblent à des cafards peut vous aider à identifier rapidement ce à quoi vous avez affaire, car les confusions sont courantes.

Avant tout traitement, la première chose à faire est mécanique et manuelle. Cela semble basique, mais c'est l'étape que beaucoup sautent en allant directement au spray, et c'est une erreur.
Munissez-vous d'un coton-tige ou d'un chiffon propre imbibé d'alcool à 90°, et éliminez physiquement tous les amas cotonneux visibles, un par un. L'alcool dissout la couche cireuse protectrice des cochenilles et les tue au contact, tout en permettant de détacher proprement les ovisacs des tiges et des feuilles.
Pour les plantes de taille raisonnable, vous pouvez également les placer dans la douche et les rincer à l'eau tiède sous pression modérée, en insistant sur toutes les zones abritées. Pour les pots, faites tremper la motte dans une bassine d'eau pendant quelques heures afin d'éliminer les larves qui ont pu migrer dans le substrat, ce qui arrive plus souvent qu'on ne le croit.
Cette première intervention manuelle réduit la pression de l'infestation et prépare le terrain pour que les traitements suivants soient efficaces. Traiter par-dessus un amas cotonneux intact, c'est comme essayer de peindre un mur sans l'avoir dépoussiéré.

La recette la plus efficace parmi les traitements naturels, celle que les jardiniers chevronnés utilisent depuis des années, combine trois ingrédients simples à trouver :
Dans 1 litre d'eau tiède, mélangez :
Pulvérisez abondamment sur toutes les parties de la plante, en insistant sur les faces inférieures des feuilles et les aisselles. Le secret qui change tout : faites une deuxième pulvérisation dans la demi-heure qui suit la première. Ce double passage est nettement plus efficace qu'une seule application, car il rattrape les insectes qui ont bougé après le premier choc. Renouvelez l'opération deux fois, à huit jours d'intervalle.
Si l'infestation est sévère, vous pouvez ajouter une cuillère à café de Tabasco ou d'extrait de piment fort au mélange pour renforcer l'effet répulsif. Attention toutefois : les plantes à feuillage duveteux comme les violettes africaines, ainsi que les fougères et les cactées, tolèrent mal ce traitement, notamment à cause de la présence d'huile. Sur ces végétaux, préférez un coton imbibé d'alcool appliqué directement, sans pulvérisation.

C'est un conseil que peu de sources mentionnent, mais il est pourtant important : pendant toute la durée du traitement, cessez d'apporter de l'engrais azoté à vos plantes. Les cochenilles farineuses sont particulièrement attirées par les végétaux riches en azote, dont la sève est plus chargée en acides aminés. Une plante sur-fertilisée est littéralement plus appétente pour ces parasites, et continuer à enrichir le substrat pendant une infestation, c'est nourrir l'ennemi en même temps que la plante.
Reprenez les apports d'engrais seulement lorsque vous êtes certain que l'infestation est totalement sous contrôle.

Si votre infestation est importante, ou si vous gérez une serre ou un espace avec de nombreuses plantes, la lutte biologique est souvent la solution la plus durable et la plus efficace à moyen terme.
Cryptolaemus montrouzieri est le nom d'une coccinelle australienne, surnommée la "coccinelle anti-cochenille". Elle s'est imposée comme l'auxiliaire de référence contre les cochenilles farineuses dans le monde entier : une seule larve de Cryptolaemus peut dévorer jusqu'à 30 cochenilles par jour. Les adultes traquent les insectes et leurs nids, pendant que leurs propres larves, dès l'éclosion, s'attaquent à toute forme de cochenille à portée. On peut en commander en ligne via des fournisseurs d'auxiliaires de lutte biologique. Le lâcher se fait directement sur les plantes infestées.
Les larves de chrysopes (Chrysoperla carnea) sont également très efficaces sur les stades larvaires jeunes des cochenilles farineuses. Elles sont particulièrement utiles en complément de Cryptolaemus.
Un point important à retenir si vous utilisez ces auxiliaires : les fourmis sont leurs ennemies. Les fourmis, attirées par le miellat produit par les cochenilles, protègent activement ces dernières en chassant les prédateurs naturels, en allant parfois jusqu'à mordre et tuer les larves de chrysopes. Si vous avez des fourmis dans votre jardin ou votre véranda, occupez-vous d'elles en priorité avant d'introduire des auxiliaires biologiques.
L'huile de neem revient souvent dans les conseils de jardinage naturel, et elle mérite d'être mentionnée honnêtement. Elle contient un principe actif, l'azadirachtine, qui agit comme un perturbateur hormonal sur de nombreux insectes, en bloquant leur mue et leur reproduction. Elle a donc un effet réel sur les jeunes larves de cochenilles.
Mais elle a une limite notable : utilisée en même temps que des auxiliaires biologiques comme les chrysopes ou Cryptolaemus, elle les tue aussi. Les deux approches ne sont donc pas compatibles simultanément. Utilisez l'huile de neem si vous faites le choix d'un traitement entièrement chimique naturel, ou attendez que le traitement à l'huile de neem soit terminé et que la plante soit rincée avant d'introduire des auxiliaires.
Un problème que beaucoup découvrent avec surprise : les cochenilles farineuses peuvent coloniser le système racinaire des plantes en pot. On traite consciencieusement le feuillage, les tiges, tout semble rentrer dans l'ordre, et trois semaines plus tard les cochenilles réapparaissent mystérieusement. C'est souvent parce que la population souterraine n'a jamais été touchée.
Si vos traitements en surface ne donnent pas de résultats durables, suspectez une infestation racinaire. La solution : rempotez la plante dans un nouveau substrat propre. Retirez le maximum de l'ancienne terre, rincez les racines délicatement sous l'eau tiède pour décoller les larves, et replacez la plante dans un pot propre avec du terreau neuf. Jetez l'ancien terreau, ne le réutilisez pas dans le jardin.
Ce type d'attaque cachée dans le sol est d'ailleurs similaire dans son principe discret à ce que font certains autres insectes qui s'installent là où on ne les cherche pas. Si vous avez déjà eu à faire face à des larves d'anthènes dans votre maison ou vos textiles, vous savez à quel point les parasites qui agissent dans l'ombre peuvent être difficiles à éradiquer : notre article sur les larves d'anthènes dans les matelas montre bien que la lutte contre les nuisibles cachés suit toujours la même logique : identifier, traiter et éliminer à la source.
S'en débarrasser une bonne fois, c'est bien. Ne pas les voir revenir, c'est mieux. Voici les réflexes à adopter pour éviter de repartir de zéro dans six mois :
Inspectez systématiquement toute nouvelle plante avant de la mettre avec les autres, quelle que soit la provenance. Regardez sous les feuilles, dans les aisselles, à la base des tiges. Si vous observez le moindre amas blanc cotonneux, ne l'achetez pas ou isolez-la pendant trois à quatre semaines avant de l'intégrer à votre collection.
Contrôlez l'humidité ambiante : les cochenilles farineuses aiment les environnements chauds et secs. Une légère augmentation de l'hygrométrie dans une véranda ou une pièce avec de nombreuses plantes d'intérieur rend le milieu moins accueillant pour elles.
Surveillez vos plantes régulièrement, au moins une fois par semaine. Une infestation détectée au tout début, quand on n'observe que deux ou trois insectes, se traite avec un coton imbibé d'alcool en cinq minutes. Une infestation découverte deux mois plus tard, quand la plante est couverte d'amas cotonneux et que le miellat a atteint le pot voisin, demande plusieurs semaines d'efforts soutenus.
Évitez la sur-fertilisation azotée en dehors des périodes de croissance active : une plante bien nourrie mais pas sur-fertilisée est moins attractive pour les cochenilles.
Et si malgré tous vos efforts une plante est tellement envahie que le traitement semble désespéré, n'hésitez pas à prendre la décision difficile de la jeter. Une plante sacrifiée vaut mieux qu'une infestation qui se propage à l'ensemble de votre jardin intérieur. C'est cruel à dire, mais c'est souvent le choix le plus raisonnable, et les jardiniers expérimentés le font sans hésiter.
Les premiers résultats apparaissent en 48 à 72 heures : les amas cotonneux jaunissent et se dessèchent visiblement. L'éradication complète demande cependant 3 à 4 semaines avec traitements hebdomadaires répétés. Les œufs protégés dans les ovisacs éclosent 7 à 10 jours après et nécessitent de nouvelles applications. Une plante semble propre après 2 semaines mais peut rechuter si vous arrêtez trop tôt. Continuez la surveillance mensuelle pendant 3 mois après le dernier traitement.
Non, les cochenilles farineuses restent totalement inoffensives pour l'homme. Elles ne piquent pas, ne transmettent aucune maladie et parasitent uniquement les végétaux. Le miellat qu'elles produisent reste non toxique mais collant et salissant sur les meubles. Les traitements naturels (savon noir, alcool) ne présentent pas non plus de toxicité significative. Seules les plantes infestées peuvent développer de la fumagine potentiellement allergène pour personnes sensibles. Lavez-vous simplement les mains après manipulation.
Avec les traitements naturels (savon noir, alcool, huile végétale), vous pouvez consommer les fruits 48 heures après traitement en les rinçant abondamment. Pour l'huile de neem, respectez 7 jours minimum et rincez soigneusement. Les auxiliaires biologiques (Cryptolaemus, chrysopes) ne posent aucun problème. Évitez de traiter directement les fruits déjà formés, privilégiez le feuillage et les tiges. Sur agrumes en pot, cueillez les fruits mûrs avant traitement intensif puis reprenez la récolte 10 jours après.
Les larves de Cryptolaemus coûtent 25 à 40 euros les 25 larves, 60 à 90 euros les 100 selon les fournisseurs (Biotop, Koppert). Pour 5 à 10 plantes d'appartement, 25 larves suffisent. Une serre de 20 m² nécessite 50 à 100 larves. Les adultes (40 à 60 euros les 10) sont moins efficaces. Ajoutez 15 à 25 euros de port réfrigéré express. L'investissement peut sembler élevé mais reste unique contre des mois de traitements répétés.
Non, les cochenilles restent strictement parasites de végétaux vivants et ont besoin de sève fraîche pour survivre. Elles ne s'attaquent jamais aux textiles, bois morts, tapis ou meubles. Elles peuvent tomber accidentellement d'une plante sur un meuble créant des taches de miellat collant mais meurent en quelques heures hors de leur hôte. Nettoyez simplement les surfaces souillées à l'eau savonneuse. Seules vos plantes nécessitent traitement et surveillance, sans risque de débordement vers l'habitat.
Les huiles essentielles présentent une efficacité très limitée. Lavande, eucalyptus ou tea tree ont des propriétés répulsives légères mais ne tuent pas les insectes installés sous leur bouclier cireux. Quelques gouttes dans le mélange savon noir peuvent renforcer marginalement l'effet mais ne suffisent jamais seules. Le coût élevé (10 à 20 euros le flacon) ne justifie pas l'investissement face à l'alcool à 2 euros ou savon noir à 8 euros. Privilégiez les solutions éprouvées scientifiquement.
Dans le Sud, les cochenilles survivent aux hivers doux en se réfugiant sous les écorces. Les températures doivent descendre sous moins 10°C plusieurs jours pour provoquer une mortalité significative. Dans le Nord, le froid élimine les populations extérieures mais les plantes rentrées en véranda conservent leurs parasites qui explosent au printemps. En intérieur où la température reste stable, la reproduction continue toute l'année sans pause hivernale. Ne comptez pas sur l'hiver pour régler naturellement le problème.
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